Fionareverdy

27/03/2009

Texte de Vi Dryer sur le travail de Fiona Reverdy, exposition novembre 2001 à l’Atelier 8

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Écrit de Vi Dryer à propos du travail de Fiona Reverdy montré lors d’une exposition en 2001 à l’Atelier 8

Un glissement imperceptible

Il est frappant de remarquer que les deux plus anciens tableaux que Fiona Reverdy a choisis pour son exposition, « Warm grey space » et « Between space » 1985, sont abstraits et que les plus récents, la suite « Near Nature » 2000, sont figuratifs, et que ce choix pourrait signifier une évolution dans son langage. Mais rien dans les œuvres montrées entre ces deux repères forts de l’exposition ne peut laisser croire que le parcours du peintre durant ces quinze années va de l’abstraction à la figuration.
Pourtant des questions se posent pour la lisibilité de ses œuvres – est-ce que ces toiles à caractère abstrait sont des brouillages d’éléments figuratifs ou est-ce que les marquages abstraits construisent des figures encore cachées ?
Et pourquoi dans le même temps peindre des études précises de fleurs, de fruits, et les montrer avec la même importance que les autres ?

Fiona dit que même avant de faire ses études aux Beaux-Arts elle ne se posait pas ce problème et que le besoin de peindre sa sensation l’amenait à adopter naturellement une manière ou une autre de peindre. Bien sûr elle fréquentait des galeries, elle regardait attentivement la peinture de son temps et elle voyait bien les positions radicales que prenaient beaucoup d’artistes – mais elle trouvait naturel d’utiliser tout ce qui était à sa disposition sans être obligée de prendre position.

Adolescente, elle avait l’habitude de noter ses rêves et assez rapidement elle les accompagna de schémas, de dessins et mit de la couleur. Elle dessinait aussi les choses les plus proches d’elle avec lesquelles, enfant, elle s’isolait, les dotant d’une vie personnelle. Ce travail d’observation minutieux devint plus tard une nécessité, la poussant périodiquement de façon obsessive à peindre une fleur, un fruit . . . elle appelle ce travail ‘petites choses qui tiennent dans la main’.

Dans la suite « Flower time » elle a choisi une étude discrète d’une fleur de zinnia comme modèle, non pas pour faire une recherche systématique d’un langage (Mondrian ‘Dune’, ‘The sea’). Non, elle a agrandi le sujet environ vingt fois, n’en utilisant parfois qu’une partie qu’elle a travaillée avec la peinture comme si il était devant elle avec ses dimensions nouvelles, comme ‘d’après nature’.
Ainsi agrandie, le spectateur ne perçoit plus la fleur de zinnia, son regard erre entre les frontières qui normalement dessineraient la forme mais dont l’entité est devenue invisible, mais cette forme est toujours présente dans notre mémoire puisque nous savons que c’est un zinnia. La matière, ses accidents, ses transparences, ses hasards, créent des formes à l’intérieur des zones de couleur, alors nous devons faire face à un phénomène nouveau : l’objet est encore figuratif et l’échelle est troublante, c’est à la fois l’agrandissement d’un modèle, un sujet peint à ses dimensions réelles et les accidents de la couleur parasitent la représentation en introduisant des espaces et des sensations de paysage. Les repères sont comme en abîme, c’est notre position dans l’espace qui est remis en cause, notre propre échelle. (Ce petit zinnia travaille mon corps.)
Par un curieux retournement, Fiona a aussi peint après cette suite le zinnia sur un format plus modeste et a tracé une grille au crayon sous la peinture ; cette mise aux carreaux que les peintres anciens utilisaient pour agrandir peut nous faire croire que c’est le projet déjà plus grand que le sujet initial qui sert de modèle, alors qu’il est postérieur.

Avec la suite « Near nature », Fiona essaie de représenter l’objet le plus fidèlement possible, comme pour le sujet de « Flower time », en passant beaucoup de séances à l’observer et le peindre jusque devenir son unique modèle et qui le restera durant des semaines jusqu’à sa disparition. La ressemblance avec l’objet est évidente et montre que le peintre est attaché à celle-ci et même que cela paraît être sa seule préoccupation. En effet le résultat est convaincant mais là encore, après un moment et malgré une forte attache à la réalité qui retient la forme, un trouble s’installe : le fruit qu’elle peint devient une sorte de chrysalide qui pourrait se métamorphoser, c’est imperceptible. En tout cas c’est impossible de nommer ce travail nature morte ou still life – non, rien n’est moins immobile que ces objets-là. Ils oscillent, vibrent. Certains travaux récents sont de cette nature, on peut les nommer amandes, petites aubergines.

Les rêves représentés « Dreams represented » fonctionnent comme des histoires courtes dans lesquelles plusieurs éléments – êtres, paysages, objets – sont récurrents. Fiona périodiquement retrouve dans ses rêves plusieurs lieux qu’elle reconnaît, et cela depuis trente ans. C’est un des phénomènes qui conforte son idée qu’il existe des temps différents et des mondes parallèles.

Pour peindre « Horse » Fiona a utilisé des notes qu’elle a prises d’un rêve plusieurs mois avant. « Angel » serait ainsi peint plusieurs années après qu’elle ait noté son rêve. Dans la suite « Horse », les tableaux sont très structurés et la forme est sans ambiguïté, graphique avec des couleurs opposées rouge/vert, bleu/blanc/noir et des marques de dépôt de peinture très visibles. Ces affirmations ne laissent pas supposer l’apparence du rêve mais montre une réalité du rêve.
Elle n’a pas pu se résoudre à adopter des titres pour cette suite mais a utilisé des parties de phrase de ses écrits ‘Awestruck at the violent beauty, me squatting’ (Emerveillement devant la beauté violente, moi accroupie).

Il y a des périodes particulières déclenchées par un dessin ou une peinture retrouvée au hasard de l’ouverture de ses cartons, le plus souvent des travaux d’après nature : objets, paysages, quelquefois figures, en eux-mêmes terminées sur lesquelles Fiona sent le besoin d’intervenir. C’est une sorte de deuxième phase de travail qui laisserait penser qu’elle a une idée pour transformer une première phase, ou alors qu’elle se livre a un travail de destruction niant ce qui existait initialement, mais rien de ce qu’elle fait ne ressemble à cela, elle agit comme dans un état de rêve éveillé.
Plusieurs années après, elle peut être attirée par un travail et se mettre à glisser dedans des sensations récentes et dans le meilleur des cas aboutir à un résultat qui paraît avoir été prémédité.
Ce n’est pas non plus un collage ‘intrusion’, mais comme dans « Near nature », un glissement ici plus évident, qui lui échappe.

Cela a été difficile de lui faire accepter de montrer à nouveau son travail et de la convaincre de choisir un parcours de quinze années parce que évidemment dans sa façon d’agir imperceptiblement, il faut rester discret, ce glissement est fragile.

Vi Dryer, Paris le 01 octobre 2001

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